En Bourse, l’été a toujours eu mauvaise presse. Moins de volumes d’échanges, des marchés plus volatils, des réactions exagérées aux moindres nouvelles… Cette période est redoutée par les investisseurs. Pourtant, vous aussi, vous avez bien l’intention de profiter de vos vacances, loin des écrans et des fluctuations du marché.
En tout cas, vous ne voulez pas passer l’été rivé à votre portefeuille et à surveiller chaque variation de cours. Face à cette incertitude estivale, beaucoup d’investisseurs optent pour la stratégie : « Je vends tout, et je rachèterai en septembre ». Une stratégie inspirée du célèbre adage de Wall Street : « Sell in May and go away » (en Français « Vendez en mai, et disparaissez »). Mais attention, cette approche très connue, et trop simpliste est loin d’être la plus efficace, car elle néglige les spécificités de votre portefeuille, du contexte économique et des opportunités potentielles.
Alors, comment gérer intelligemment son portefeuille boursier pendant l’été ? Voici nos conseils pour partir en vacances l’esprit léger, sans mettre votre épargne en danger.
Quelles sont les spécificités du marché boursier en été ?
Faut-il vraiment adapter sa stratégie boursière pendant l’été ? En d’autres termes, qu’est-ce qui justifie une gestion plus prudente de votre portefeuille pendant cette période ? Si les marchés financiers fonctionnent toute l’année, l’été présente en réalité plusieurs caractéristiques qui amplifient les risques, en particulier si vous suivez vos investissements de loin, voire pas du tout.
Moins de volume d’échanges
En Europe et aux USA, beaucoup de traders, investisseurs institutionnels et particuliers partent en vacances de Mai à Septembre. En France, ce sera plutôt de juillet à septembre. Résultat : les volumes d’échanges sur les principales places boursières baissent. Cela n’est pas sans conséquence. Puisqu’il y a moins d’ordres d’achat et de vente, les cours deviennent alors plus sensibles au moindre mouvement. Pour vous, investisseur particulier, cela peut se traduire par des variations de prix exagérées, même sur des titres solides. Le danger va surtout être que le moindre ordre important fasse fortement bouger le cours d’une action, sans que cela reflète une réalité économique. Vous risquez de voir vos titres chuter ou monter brutalement sans raison apparente.
Volatilité accrue
Quand les participants actifs sur les marchés diminuent, car partent tous en vacance ou décident de se retirer temporairement du marché, les marchés réagissent alors plus fortement aux nouvelles, rumeurs ou événements inattendus. Pour vous, cela signifie une plus grande incertitude et un risque accru de pertes passagères, voire durables si vous êtes trop exposé ou mal diversifié.
Baisse de la liquidité
Quand les échanges diminuent, cela entraîne aussi une baisse de la liquidité sur les marchés. Pour information, la liquidité désigne la facilité avec laquelle un actif peut être acheté ou vendu sans influencer significativement son prix. En d’autres termes, avec moins d’acheteurs et de vendeurs actifs sur les différentes places de marché, vous pourriez avoir du mal à vendre rapidement une position ou à le faire à un prix acceptable.
Imaginons que vous déteniez une action dont le cours commence brusquement à chuter à cause d’une mauvaise nouvelle (résultats décevants, rumeurs d’enquête…). Pris de panique, vous décidez de vendre rapidement pour limiter vos pertes. Mais au moment de passer votre ordre, vous découvrez qu’il n’y a pas assez d’acheteurs à des prix raisonnables. Votre ordre se retrouve alors exécuté bien en dessous du prix affiché, et vous encaissez une perte bien plus lourde que prévu. Voilà le gros danger de la baisse de la liquidité !
Faut-il investir en bourse pendant l’été ?
D’un point de vue statistique, la période de mai à septembre a historiquement moins performé que le reste de l’année. C’est d’ailleurs cette observation qui a donné naissance à l’adage de Wall Street bien connu : « Sell in May and go away » (Vendez en mai et partez).
Quand on dit que la bourse ne performe pas, cela signifie que les rendements (les gains que vous pouvez obtenir en investissant) sont plus bas que la moyenne, alors que vous prenez des risques non négligeables avec vos placements. Bien évidemment, cela ne veut pas dire qu’elle baisse systématiquement, mais que les opportunités de gains y sont tout simplement plus rares ou plus risquées.
Pour vous, cela ne signifie pas qu’il faut tout vendre, mais plutôt qu’il est judicieux d’adopter une posture plus défensive, de renforcer la qualité de vos positions, de ne pas vous surexposer inutilement, mais quand meme de rester à l’affût de potentielles opportunités qui se présentent.
En réalité, il y a des exceptions. Et se fier aveuglément à cette observation généralisée pourrait vous faire louper le train de la hausse. En général, pendant l’été, les investisseurs investissent entre 25 et 50% de leur capital maximum pour acheter des actions selon les conditions de marché.
Gérer son portefeuille boursier en été : la stratégie à adopter !
Se débarrasser des titres qui affichent des pertes chroniques
Nous l’avons dit, l’été est une période de creux sur les marchés boursiers, avec des performances historiquement plus faibles. Pour éviter des pertes, il est donc prudent d’adopter une posture plus défensive. La meilleure stratégie consiste alors à favoriser les liquidités plutôt que de rester pleinement investi. Cela signifie que vous devez vendre certains actifs pour renforcer votre trésorerie. L’adage « Vendez en mai et partez » est très avisé. En revanche, vous devez bien choisir les actifs qui doivent être cédés.
En priorité, débarrassez-vous des titres qui affichent des pertes chroniques : ce sont des actions qui baissent régulièrement sans véritable espoir de redressement. Les conserver alourdit vos pertes si le marché devient plus agité pendant l’été. Revendez également les valeurs les plus volatiles et les plus risquées. De cette manière, vous évitez toute mauvaise surprise pendant vos vacances. Vous serez ainsi plus serein, avec un portefeuille allégé et stable.
Enfin, ces liquidités disponibles vous seront précieuses à la rentrée, lorsque les volumes augmentent et que de nouvelles opportunités d’achat plus solides se présentent.
Protéger ses positions avec des ordres stop
Si vous conservez certaines positions en bourse pendant l’été, il est indispensable de sécuriser vos gains ou limiter vos pertes avant votre départ en vacances. Pour cela, utilisez des ordres stop, si ce n’est pas déjà fait.
Pour ceux qui l’ignorent, un ordre stop est un ordre de vente automatique qui se déclenche dès que le cours d’une action en Bourse descend sous un certain seuil défini à l’avance. Ainsi, vous limitez les pertes en cas de chute progressive du cours de l’action sans avoir besoin de surveiller le marché en permanence.
Par exemple, si vous achetez une action à 50 €. Vous placez un stop à 45 €. Si l’action chute à ce niveau, elle est automatiquement vendue, limitant votre perte à 5 € seulement par action. Si votre courtier le permet, optez également pour des ordres stop suiveurs. Ils s’ajustent à la hausse quand le cours monte, mais conservent un seuil de protection s’il redescend.
Enfin, pensez aussi à paramétrer des alertes : elles vous préviennent en temps réel si un seuil est franchi, sans que vous ayez à vérifier le marché constamment.
Déléguer la gestion de son portefeuille
Si vous souhaitez totalement décrocher pendant l’été, une solution consiste à déléguer la gestion de son portefeuille à un professionnel, comme un conseiller de gestion de patrimoine, voire des banques privées pour les investisseurs aux gros portefeuilles. Le professionnel prendra alors les décisions à votre place selon un mandat défini à l’avance.
Longtemps réservée aux investisseurs aux gros portefeuilles, cette pratique se démocratise aujourd’hui et devient accessible aux particuliers avec un portefeuille boursier plus modeste.
Parmi les avantages : une gestion plus réactive, personnalisée et souvent plus rationnelle que si vous agissiez seul. En revanche, cela implique des frais de gestion et une certaine perte de contrôle sur les décisions prises.